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Elles sont partout sans qu’on s’en aperçoive : dans les écoles comme moyen de sensibilation pour les enfants, dans de diverses émissions de télévisons, dans les vidéoclips et indubitablement sur scène. D’où viennent précisément les marionnettes ?

Depuis la préhistoire, les chercheurs ont déniché des traces de statuaires mobiles et ce dans sur la majorité des continents.  Par la suite, tous les courants historiques ont utilisé la marionnette pour diverses raisons, quel soit politique, sociale ou artistique et ce jusqu’à maintenant.

 À la préhistoire, certains ossements ont été retrouvés qui avaient une forme semblable à celle des animaux. Les chercheurs pensent que les ossements pouvaient servir à communiquer avec les esprits. Ce sont probablement la première forme de marionnettes à avoir existée.

À cette ère, dans les tribus, la marionnette avait une fonction liée avec le surnaturel, le côté magique. Les membres des tribus utilisaient des statuettes mobiles durant les cérémonies de guérisons pour communiquer avec les dieux.

Antiquité

Cependant, c’est au XIXe siècle avant J.C, en Égypte que les chercheurs ont trouvé l’origine de la marionnette. Les Égyptiens célébraient la fête d’Osiris avec des rites semblables aux Dionysies. Les prêtres animaient les cérémonies à l’aide de statues sacrées tirées par des cordes. Hérodote, dans ses écrits, a décrit une de ces marionnettes, c’était une statuette animée par des cordes représentant la fécondité et elle mesurait 50 cm de hauteur.

Il n’y a pas qu’en Égypte où on utilisait la marionnette à des fins magiques. En Asie et en Grèce, durant les cérémonies, les prêtes représentaient les dieux à l’aide de grandes statues mobiles pour impressionner le peuple sur la puissance des divinités. 

C’est au Moyen Âge que le terme «marionnette» a été inventé. Au départ, la statuette mobile représentait la vierge Marie. Marion signifie «petite Marie» puis le suffixe « ette » a été ajouté pour désigner «petite».

La marionnette était employée à des fins religieuses. Les prêtes les utilisaient pour raconter les mystères et les mythes fondateurs de la religion. Ils enseignaient la religion à l’aide de la petite poupée mobile. Par exemple, on représentait les scènes de la passion du Christ. À cette époque la marionnette était muette puisqu’il était profane de faire parler un objet inanimé.    

Le castelet est apparu au Moyen Âge. Le mot signifie petit château. Les religieux utilisaient le castelet pour placer la marionnette dans un univers différent de la réalité. Le castelet servait et sert toujours à encadrer l’action de la marionnette. 

Par la suite, les mythes fondateurs et les légendes étaient faits de façon chantée. Les chansons de geste étaient présentées dans des castelets où l’on utilisait à l’occasion de petits pantins pour agrémenter l’histoire. La marionnette devenait alors un peu plus divertissante qu’auparavant.

«De conception simple, bois peint et grossièrement couvert d’étoffe et de métal, bras et jambes ballantes, la tête tenue par une forte tige de fer (” tringle “), ces personnages racontent inlassablement la Chanson de Roland.» 

La première sorte de marionnette qui est apparue au Moyen âge est la «marionnette à tringle». Elle était très lourde et très solide puisque la matière utilisée à sa confection était le bois. On la manipulait par le haut grâce à une tige de fer fixé au-dessus de la tête de la marionnette. Les articulations étaient assez limitées puisqu’il y avait une seule tringle  et parfois deux pour manipuler un bras. 

 À la Renaissance, les chansons de geste racontaient des légendes qui n’étaient plus en lien avec la religion. La marionnette était devenue profane selon les religieux surtout parce qu’on retrouvait des marionnettes dans les foires. Ils ne voulaient pas que la figurine de bois mobile parle alors ils se sont débarrassé des marionnettes dans les églises. Ce qui a amené un affaiblissement de la religion chrétienne et une ferveur pour le divertissement populaire.  Le théâtre de marionnettes devenait peu à peu plus près du théâtre d’acteurs.

D’ ailleurs, en 1610, un fabricant de marionnette, Giovanni Briocci, d’origine italienne était venu à Lyon avec ses «burattini» (marionnettes à gaine). Ces marionnettes ressemblaient aux personnages de la Commedia dell’arte. Briocci s’est inspiré du théâtre italien de l’époque et du personnage de Maccus (personnage grotesque des Atellanes) pour la confection de Polichinelle. Il était décrit comme un menteur, un batailleur à l’esprit vif et cruel. Ce personnage a marqué la France tout comme Punch l’a fait en Angleterre.

 En 1670, l’Angleterre possédait un personnage semblable à Polichinelle, Mister Punch. Cependant, il était bien plus violent que son contemporain. Punch tuait tous les autres personnages à l’aide de son grand bâton: son enfant, sa femme, le policier et même le diable ! Punch et sa femme Judy connaissaient une forte popularité en Grande-Bretagne. Polichinelle et Punch étaient les personnages préférés de leur population jusqu’au jour où Laurent Mourguet est arrivé avec Guignol.

En 1808, Laurent Mourguet, un jeune Lyonnais, avait conçu un personnage, représentant son époque, dit révolutionnaire. Ses parents travaillaient dans une usine de tissage et ils avaient été mis au chômage, comme la plupart des canuts. Touché par l’évènement, Mourguet avait eu l’idée de créer un personnage aux allures des canuts et il le nomma Guignol. Le marionnettiste ironique se servait de l’actualité du jour pour créer ses canevas. La fonction de ses spectacles était d’informer les gens.  Guignol était en quelque sorte le «porte-parole» des canuts et des pauvres qui subissaient des injustices sociales. «L’essentiel de Guignol : son esprit critique, incisif, provocateur et drôlement dénonciateur des forces au pouvoir qui nous oppriment.» Dix après sa création, Guignol était devenu un personnage pour jeune public.

L’Ère des révolutions

La fin de la Première Guerre mondiale apporte un foisonnement dans les arts.  La découverte du cinéma prend une telle ampleur que les gens se désintéressent des marionnettes. Plusieurs théâtres de marionnettes doivent fermer. Vers 1945, plusieurs créateurs redécouvrent la marionnette et ils inventent de nouveaux modes d’expressions. Ils s’inspirent des autres formes de théâtres de marionnettes à travers le monde. L’art de la marionnette devient à cette époque, un moyen éducatif pour faire passer certains messages plus facilement aux jeunes enfants. C’est pour cette raison que plusieurs émissions télévisées pour enfants, par exemple The Sesame Street aux États-Unis et Passe-Partout au Québec, ont été créées parce que plusieurs jeunes n’avaient pas accès à la maternelle. Le gouvernement a alors décidé d’utiliser la marionnette pour faire l’éducation des jeunes.

Le siècle actuel

«En assistant aux représentation des compagnies actuelles travaillant avec la marionnette, nous pouvons découvrir des écoles de pensée fort différentes; leur évolution n’a pu advenir, dans un premier temps, que grâce aux techniques européennes ou orientales desquelles on s’est largement inspiré.» Cette citation démontre bien la situation du théâtre de marionnette à notre époque. L’art est devenu un mélange de tous les genres. Plusieurs troupes de théâtre de marionnettes se forment à travers le monde et chacune d’elle possède leurs particularités. Le théâtre de marionnettes n’est plus seulement pour les enfants puisque certaines compagnies visent un public adulte en créant des spectacles de marionnettes de genre cabaret.

Le théâtre de marionnettes ne s’est pas simplement développé en Europe mais bien partout dans le monde. Plusieurs pays comme le Japon, la Tchécoslovaquie et la Turquie ont trouvé leur propre théâtre de marionnette. Au Japon, il faut plusieurs années d’expériences avant de pouvoir manipuler la tête et le bras droit de la marionnette. Il est prestigieux pour un homme d’être un manipulateur de théâtre de Bunraku.

Théâtre Japonais

« Issu d’un changement culturel majeur au Japon, à la fin du XVIe siècle, le théâtre du Bunraku a profondément influencé le mode de représentation du théâtre de marionnettes contemporain.» À la base, le théâtre de marionnettes japonais s’était inspiré des traditions du conteur. Il y a un orateur principal appelé le gidayu et il fait la voix de tous les personnages autant féminins que masculins. Le gidayu est accompagné par un instrumentiste qui joue du shamisen pour donner du rythme et une intensité dramatique au spectacle.  Les spectacles de Bunraku se déroulent encore aujourd’hui comme un rituel par exemple : « le narrateur, avant de s’asseoir, prend le texte, le soulève au-dessus de sa tête et le salue.» La salutation fait par le gidayu est un signe de respect face à l’auteur du texte. Les histoires racontées par le narrateur sont des drames de mœurs, lyriques, descriptifs et écrits à la troisième personne en vers.

Le Bunraku se différencie aussi des autres théâtres de marionnettes par son système hiérarchique des manipulateurs. Chaque marionnette est manipulée par trois hommes : le maître manie la tête et le bras droit et les deux autres manipulent le bras gauche et les pieds. Les manipulateurs sont voilés de la tête aux orteils, il n’y a que l’aîné des marionnettistes qui n’a pas la tête recouverte.

  Les marionnettes de Bunraku sont conçues de façon très sophistiquées. Elles sont fabriquées par des sculpteurs expérimentés qui conçoivent des marionnettes légèrement plus petites que la taille réelle des êtres humains. Tout le corps de la poupée mobile est maniable, les yeux s’ouvrent, tournent et toutes les articulations partant du poignet jusqu’aux doigts sont flexibles.  L’art du Bunraku est le théâtre de marionnette le plus élaboré qui soit.

Birmanie

La première forme de théâtrale à avoir été autorisé en Birmanie est le théâtre de marionnettes.  Cet art est né il y a plus de 500 ans dans les Palais des rois birmans et à ce jour, les spectacles de marionnettes font partie de la tradition des spectacles populaire de ce pays.

Les représentations ont une durée indéterminée et elles peuvent se terminer aux petites heures du matin.  Le répertoire réside principalement de légendes Bouddhiques et  de fabuleuses histoires du Ramayana (ancienne légende venue de l’Inde).  Dans chaque représentation, ils ont 28 marionnettes principales à utiliser pour raconter les histoires de la création de l’univers peuplé d’animaux fantastiques. Les marionnettes doivent s’affronter dans un jeu savoureux, délicat et parfois comique. Dans un autre registre, les histoires birmanes racontent aussi la fondation du royaume. On va retrouver sur scène des marionnettes représentant le roi, reine, princes et princesses. Ceux-ci vont exécuter des sauts périlleux, des intermèdes comiques, où les  princes et les princesses vont danser.

Le Yok Taï Thabin, est le genre de théâtre de marionnettes que l’on retrouve en Birmanie et elle  est  utilisée pour illustrer les faits de la vie quotidienne grâce à de magnifiques marionnettes à fils.  Autrefois, les marionnettes étaient actionnées par plus de 60 fils et elles étaient vêtues de soies, d’étoffes rares et de bijoux précieux. Bref,  la marionnette birmane, est représentée comme une œuvre d’art en soi, car elle est une reproduction quasi-parfaite du corps, de l’âme des humains et des dieux.

Turquie

« Le théâtre d’ombres, mystérieux est pratiqué à travers le monde, tel un rite, un passage entre l’univers des ténèbres et celui de la clarté.»[1]

Les origines du théâtre d’ombres en Orient sont apparues au XIème siècle. Il aurait émergé à la haute Antiquité où des tribus nomades turques d’Iran l’auraient colporté.  Les Turcs ont utilisé le théâtre d’ombres autrefois pour contourner la loi islamique puisque les hauts dirigeants avait fait l’interdiction de représenter une personne humaine en trois dimensions.

C’est au XVIème siècle  que le théâtre turc d’ombre a connu son apogée. Puisque le Karagöz, est un théâtre de comédie de mœurs. Le nom Karagöz est de provenance Turc et signifie tout simplement : marionnette. Cet art à toujours créé une inquiétude chez les autorités religieuses et politiques parce que tous les personnages de la société ottomane sont représentés dans des scènes comiques. L’histoire dévoile de multiples allusions politiques et locales. C’est pour cette raison que le Karagöz était un théâtre populaire et  très apprécié. 

Théâtre de marionnettes du Québec

 Avant la venue des colons, les Amérindiens avaient utilisé la marionnette lors de cérémonies rituelles. C’est en 1759, grâce au Père Marseille, que les Québécois font la découverte des marionnettes. Le Père Marseille a ouvert le premier théâtre de marionnettes. Il a fabriqué tous les marionnettes à gaines qui ont servit aux représentations d’évènements historiques lié au Québec. Cependant, en 1837 le théâtre du Père Marseille a été détruit par l’autorité anglaise à cause de la rébellion des Patriotes.

Vers le milieu XIXe siècle, on a inventé dans les régions rurales le bonhomme dansant ou appelé marionnette à planchette. Cette poupée dansante est apparue parce que la religion avait interdit toute les sortes de représentations.  Alors, le bonhomme dansant était utilisé dans deux types d’événements soit les soirées dansantes à la campagne et les périodes de repos dans les camps de bûcherons en pleine forêt. Ce genre de marionnette n’a jamais servi à faire des représentations théâtrales.

C’est vers les années 1940 qu’il y a eu le vrai démarrage de l’art de la marionnette au Québec.  Albert Wolff, un prisonnier de guerre est arrivé au camps de détention à Farnham et a décidé de former une troupe de théâtre de marionnette avec les autres prisonniers puisque son père lui avait transmis sa passion de marionnettiste.[2]  Wolff  a présenté Docteur Faust d’après Marlowe et Goethe.  Une fois libéré, la Société des Festivals de Montréal l’a approché pour lui commander un spectacle en l’honneur  de leurs dix ans d’existence. Le spectacle a connu un vif succès cependant, quelques années plus tard,  Wolff est allé rejoindre sa famille au Brésil. Il a fait don de son castelet et de ses marionnettes à Micheline Legendre (elle était une des manipulatrices durant le spectacle présenté au festival). En 1948, Micheline Legendre s’est entouré d’une équipe de marionnettistes à Montréal mais leurs spectacles sont modestes alors elle décide d’aller étudier à Paris. Elle a été la première Québécoise à étudier la marionnette à l’étranger pour enrichir ses connaissances. Lorsqu’elle est revenue à Montréal, elle crée une compagnie qui a été le seul lieu d’apprentissage en marionnettes pendant vingt ans au Québec.

« De 1970 à 1980, plus de trente nouvelles troupes verront le jour à travers le Québec. C’est l’ère du «marionnette-boom» […]».[3] On retrouve la marionnette dans les écoles, les centres culturels, les centres commerciaux, les parcs et surtout à la télévision. C’est en 1977  que le Ministère de l’Éducation a pris comme décision de mettre sur pied une émission éducative ayant comme titre Passe-partout. Par la suite,  plusieurs troupes de théâtres de marionnettes se sont formé ayant chacune leur particularité.  Maintenant, l’art de la marionnette est plus accessible depuis que plusieurs université offre le programme.

  En  terminant, un article de la revue Jeu décrit bien le théâtre de marionnettes: «Unique en son genre, ce type de représentation reste encore actuel, puisqu’il perpétue l’une des fonctions essentielles de la marionnette : le pouvoir de dénonciation, de prise de parole sur la place publique! »[4] On a pu voir dans cette recherche que la marionnette a servi dans la majorité des peuples à se délivrer des injustices commissent par les autorités. L’arrivée de Guignol a marqué des générations et à propulser la marionnette dans le domaine des arts. Parallèlement, certains pays orientaux ont développés rapidement  des traditions liés aux marionnettes.  Tandis qu’au Québec la marionnette à pris un certain temps avant de se trouvé une place dans le domaine des arts. La marionnette a eu de la difficulté à traverser les époques, pouvons-nous espérer sa survie dans le domaine des arts?


[1] Lise, GAUVIN. «Marionnettes», Jeu 51, 1989,p.78.

[2] Lise, GAUVIN. «Marionnettes», Jeu 51, 1989,p.96.

[3] Lise, GAUVIN. «Marionnettes», Jeu 51, 1989,p.98.

[4] Lise, GAUVIN. «Marionnettes», Jeu 51, 1989,p. 92.

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